Analyse détaillée des taux de réussite aux concours enseignants : comprendre les chiffres, les enjeux et leurs évolutions

17 septembre 2025

Panorama des concours de recrutement : quelle diversité ?

Avant de plonger dans les statistiques, il est important d’identifier les principaux concours :

  • CRPE (Concours de recrutement de professeurs des écoles) pour le premier degré
  • CAPES (Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré), section générale
  • Agrégation, pour enseigner majoritairement dans les classes de lycée et dans l’enseignement supérieur
  • CAPLP (Certificat d’aptitude au professorat de lycée professionnel)
  • Concours d’enseignement privé (CAFEP, CRPE privé)

Chacun de ces concours correspond à des profils de candidats différents, à des exigences spécifiques et à des dynamiques de recrutement qui influencent fortement les volumes de postes ouverts, les taux de sélection et la typologie des admis.

Les taux de réussite : décryptage des chiffres récents

Les taux de réussite aux concours enseignants sont révélateurs d’enjeux variés : nombre de postes proposés, attractivité du métier, sélectivité des épreuves, pénurie ou surplus de candidats. Ces chiffres évoluent en fonction des disciplines et des années, et il n’est pas rare de constater de grandes disparités selon les postes et les académies.

Taux de réussite au CRPE (professeurs des écoles)

  • En 2023, le taux de réussite national au CRPE public s’est élevé à environ 36% (source : Ministère de l’Éducation nationale).
    • Exemple : 9 627 admis pour 26 745 présents aux épreuves (hors listes complémentaires).
  • Des disparités importantes existent selon les académies :
    • Dans les académies attractives (Versailles, Créteil), moins de candidats se présentent, ce qui peut mécaniquement hausse le taux de réussite, mais ne permet pas toujours de pourvoir tous les postes.
    • En 2023, plus de 1 400 postes sont restés vacants sur l’ensemble du territoire.

Taux de réussite au CAPES (enseignement secondaire)

  • Au CAPES externe de 2023, le taux de réussite moyen s’établit autour de 21%, mais avec d’importantes variations par discipline (source : Devenir Enseignant – MENJ).
    • Exemple : 2 545 admissibles pour 11 828 candidats présents en mathématiques.
  • Il existe de fortes différences selon les matières :
    • Mathématiques : parfois moins de candidats que de postes offerts (taux de réussite élevé, mais tous les postes ne sont pas pourvus)
    • Lettres modernes : généralement plus de candidats que de postes (taux de réussite plus faible, autour de 12 à 20% selon les académies)
    • Anglais, histoire-géographie, sciences de la vie et de la Terre présentent des taux intermédiaires, souvent entre 14 et 25%.
  • Autre point notable : l’augmentation du nombre de postes non pourvus depuis 2021-2022, notamment en mathématiques, physique-chimie et allemand.

Taux de réussite à l’agrégation (secondaire et supérieur)

  • L’agrégation demeure le concours le plus sélectif du secteur :
    • En 2023, toutes sections confondues, le taux d’admission se situe autour de 9% (source : Ministère de l’Éducation nationale).
    • Lettres modernes : env. 8% ; mathématiques : 11% ; histoire-géographie : 10%.
  • Le faible taux de réussite s’explique par la forte attractivité (y compris candidats déjà en poste) et l’exigence académique très élevée.
  • Le nombre de places offertes reste stable, mais le nombre de candidats reflue légèrement ces dernières années.

Taux de réussite au CAPLP (enseignement professionnel)

  • Pour le CAPLP externe, le taux de réussite moyen est de 19% en 2023 (source : MENJ).
    • Des écarts existent selon les spécialités professionnelles (industrie, tertiaire…) : certains secteurs avec un déficit de candidats (par exemple, électricité, maintenance) présentent des taux proches de 40%, alors que d’autres avoisinent les 15%.
  • La voie professionnelle souffre d’une crise de vocation : près de 900 postes n’ont pas été pourvus en 2023.

Les concours de l’enseignement privé (CAFEP/CRPE/ECRICOME…)

  • Le CRPE privé enregistre un taux d’admission semblable au public, autour de 34% selon les sessions récentes.
  • Le CAFEP-CAPES privé, lui, présente des taux variables, souvent légèrement inférieurs au concours public correspondant. Par exemple, en mathématiques : 14% en 2023.
  • L’attractivité et la sélectivité varient d’un réseau d’écoles à l’autre (catholique, protestant, hors contrat…)

Lecture critique des taux de réussite : au-delà des pourcentages

L’analyse brute des taux de réussite ne suffit pas à comprendre la réalité d’un concours et les conditions d’accès à l’enseignement. Plusieurs facteurs clés doivent être pris en compte pour remettre ces chiffres en perspective :

  • Nombre de postes et d’inscrits réellement présents : Le taux de réussite se calcule sur les présents le jour des écrits, or beaucoup de personnes inscrites ne se présentent jamais aux épreuves, gonflant artificiellement l’impression de sélectivité sur le papier.
  • Postes non pourvus : Surtout dans certaines disciplines ou académies, il arrive que tous les postes ne soient pas attribués faute de candidats admissibles ou admis. Cela fausse l’interprétation du taux de réussite : on peut réussir statistiquement « plus facilement » dans ces disciplines, mais avec des conditions d’exercice parfois plus difficiles (établissements déficitaires en moyens, affectation éloignée…)
  • Disparité entre académies : Par exemple, le CRPE à Paris ou Créteil peut offrir un taux de réussite de plus de 60% certaines années, contre moins de 20% dans des académies rurales très convoitées comme Rennes ou Nantes.
  • Effet de la mastérisation : Depuis 2010, l’obligation de présenter un master ou équivalent pour passer les concours a eu deux effets : diminution du nombre de candidats, mais aussi meilleure préparation et spécialisation, modifiant les profils d’admis.
  • Modifications de programmes, de modalités et d’épreuves : Chaque réforme peut influer sur la sélectivité (allègement ou durcissement des épreuves, introduction d’oraux professionnels, pondération des spécialités…)

Zoom sur l’évolution récente des taux de réussite

Depuis le début des années 2020, plusieurs tendances majeures se dessinent :

  • Pénurie dans certaines disciplines: le nombre de postes non pourvus explose en mathématiques (près de 30% des postes non attribués au CAPES en 2023), allemand, musique ou lettres classiques. Ce phénomène, inédit, expose l’Éducation nationale à une crise de recrutement, modifiant la perception des concours, longtemps considérés comme des sélections « à la française » très rigoureuses.
  • Recul de l’attractivité: la baisse du nombre de candidats s’accentue (24 200 présents au CRPE public en 2023 contre 39 500 en 2014).
  • Renouveau relatif pour certaines filières : quelques disciplines regagnent en popularité (anglais, EPS) suite à des campagnes d’incitation, dispositifs de pré-recrutement et revalorisations salariales.
  • Féminisation persistante : plus de 80% des admis au CRPE sont des femmes, cet écart étant moins marqué au CAPES ou à l’agrégation, mais toujours présent.

Concernant l’agrégation, la réforme des voies d’accès en 2022 n’a pas freiné la baisse du nombre de candidats. Malgré tout, le prestige du concours et les perspectives d’évolution professionnelle (enseignement supérieur, responsabilités spécifiques) continuent d’attirer des profils expérimentés et engagés.

Quelques chiffres saillants à connaître pour 2023

Concours Candidats présents Postes offerts Admis Taux de réussite
CRPE public 26 745 11 889 9 627 36%
CAPES mathématiques 2 994 1 200 991 33%
CAPES lettres modernes 3 921 1 020 495 13%
Agrégation lettres modernes 2 357 210 192 8%
CAPLP économique-gestion 2 483 283 185 7%

(sources : Ministère de l’Éducation nationale – DGRH, 2023)

Comprendre et utiliser ces taux pour s’orienter et se préparer

Les taux de réussite constituent un indicateur – parmi d’autres – de la réalité des concours enseignants. Pour un(e) candidat(e), il est utile de :

  • Ne pas s’arrêter aux pourcentages, mais analyser le profil des admis, les modalités d’épreuves et les attentes institutionnelles.
  • Prendre en compte sa discipline et sa localisation : un concours très sélectif dans l’Ouest ou le Sud n’a pas la même réalité qu’en région parisienne.
  • Prendre appui sur la préparation encadrée (INSPE, formation universitaire ou stages) pour maximiser ses chances, car la qualité de la préparation demeure le meilleur levier de réussite.
  • S’interroger sur la réalité du métier derrière le concours : conditions de recrutement, affectation, formation initiale et perspectives d’évolution.

Les chiffres bruts témoignent d’une évolution du métier et de ses exigences, mais aussi de la nécessaire adaptation des politiques publiques pour garantir la qualité de la formation et l’adéquation entre besoins éducatifs et ressources humaines. Approfondir la compréhension de ces taux, c’est mieux saisir l’état de la profession, ses dynamiques – et aiguiser sa réflexion sur le sens de l’engagement pédagogique aujourd’hui.

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