Devenir enseignant dans le privé : panorama des concours et des parcours d’accès

1 septembre 2025

Les deux grands types d’établissements privés : sous contrat et hors contrat

Avant d’explorer les modalités d’accès et les concours, il convient de distinguer les deux principales catégories d’écoles privées en France :

  • Les établissements privés sous contrat : Ils représentent plus de 96 % des établissements privés (source : Ministère de l’Éducation nationale, chiffres 2023). Leur fonctionnement et leur recrutement sont en grande partie alignés sur ceux du secteur public, avec une délégation de mission de service public et un respect du programme officiel.
  • Les établissements privés hors contrat : Plus marginaux en nombre, autour de 1 500 structures en 2022 (source : France Info), ils jouissent d’une totale autonomie mais n’ont pas de convention avec l’État. Leur recrutement est géré localement et de façon indépendante.

Enseigner dans le privé sous contrat : le cadre du recrutement

Les enseignants du privé sous contrat sont assimilés, dans leurs droits et devoirs, à leurs homologues du public. Le recrutement se fait sur concours nationaux ou académiques, spécifiques au secteur privé : ce sont les concours de l’enseignement privé sous contrat. D’un point de vue statutaire, ils deviennent « maîtres contractuels » de l’État.

Les concours principaux pour enseigner dans le privé sous contrat

  • Le CAFEP (Certificat d’Aptitude aux Fonctions d’Enseignement du Privé) — pour les titulaires d’un master ou d’un diplôme équivalent. Il existe différentes déclinaisons selon le niveau visé :
    • CAFEP-CAPES pour les collèges et lycées (disciplines générales)
    • CAFEP-CAPET pour les disciplines technologiques
    • CAFEP-CAPEPS pour l’EPS
    • CAFEP-PLP pour les lycées professionnels
    • CAFEP-CRPE pour le primaire (écoles élémentaires et maternelles)
  • Le CAER (Concours d’Accès à l’Échelle de Rémunération) — concours complémentaire, généralement réservé aux personnes justifiant d’une expérience professionnelle ou détentrices de certains diplômes. Ce mode est souvent mobilisé pour les disciplines en besoin de recrutement ou pour les contractuels ayant déjà travaillé plusieurs années dans le privé.

Les spécificités des concours du privé : fonctionnement, organisation, quotas

Si les épreuves sont alignées avec celles du public (voir : Devenir Enseignant - Ministère), l’inscription, la gestion, et la titularisation relèvent de l’organisme de gestion de l’enseignement catholique (ou d’autres réseaux s’il existe, pour les écoles juives, protestantes, etc.).

Chaque concours bénéficie d’un nombre de postes ouverts distinct par académies. Par exemple, pour la session 2023, près de 5 072 postes sont ouverts aux concours du privé (source : Ministère), ce qui représente environ 20 % de l’ensemble des recrutements dans l’enseignement.

À la différence du public, les lauréats des concours du privé doivent recevoir l’agrément de la tutelle (par exemple, l’enseignement catholique) et effectuer un stage probatoire dans un établissement privé sous contrat.

  • Le recrutement n’est pas toujours automatique en cas de réussite au concours : il dépend aussi, concrètement, des besoins de postes dans les établissements privés des académies.
  • Les candidats doivent souvent présenter un projet personnel en lien avec la structure éducative.

Le cursus pour présenter les concours de l’enseignement privé

Le parcours type pour se présenter aux concours est le suivant :

  1. Obtention d’un niveau Bac+5 (master MEEF ou autre) : Un master de formation de l’enseignement (aussi appelé MEEF — Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation) est fortement recommandé, car il prépare à la pédagogie autant qu’aux connaissances disciplinaires.
  2. Préparation au concours : De nombreux Instituts de Formation des Maîtres de l’Enseignement Privé (ISFEC), équivalents privés des INSPE, proposent des préparations adaptées aux spécificités des concours du privé.
  3. Réussite au concours + agrément : Après admissibilité/admission au concours, il faut impérativement obtenir l’agrément de la tutelle (choix de l’établissement, entretien de motivation, projet éducatif).
  4. Année de stage : Les lauréats effectuent un stage d’un an, en alternance ou plein temps selon les académies et la nature du poste, qui débouche sur la titularisation si le bilan est favorable.

À noter : certains réseaux demandent un engagement formel à respecter le projet éducatif de l’établissement (par exemple, adhésion à la charte de l’Enseignement catholique pour les écoles confessionnelles), sans pour autant imposer la foi ou la pratique religieuse.

Quid de l’enseignement dans le privé hors contrat ?

Le recrutement dans l’enseignement hors contrat est radicalement différent :

  • Aucune obligation de concours : le chef d’établissement est libre de choisir ses enseignants selon ses propres critères (qualifications, expérience, profil pédagogique, adhésion au projet).
  • Le niveau de diplôme minimal est fixé par la loi (généralement Bac + 2 pour le primaire et licence pour le secondaire), mais beaucoup d’établissements exigent davantage.
  • Aucune titularisation dans la fonction publique, ni assurance de progression de carrière négociée nationalement.
  • Beaucoup d’enseignants débutent sans formation spécifique à l’enseignement, mais nombre d’écoles hors contrat encouragent ou exigent désormais une formation interne ou une expérience dans des établissements alternatifs.

Il existe toutefois une forte hétérogénéité selon les structures : certains établissements très renommés exigent un niveau élevé de qualification, voire le passage d’un concours maison, tandis que d’autres mettent davantage l’accent sur la polyvalence ou la capacité d’innovation pédagogique du candidat.

C’est également dans ce secteur que l’on retrouve les écoles alternatives (Montessori, Steiner, etc.), dont les processus de recrutement sont propres et souvent associés à une formation interne ou une adhésion aux référentiels pédagogiques spécifiques.

Combien d’enseignants sont concernés ?

Selon la note de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, 2022), le privé sous contrat regroupe près de 20 % de l’ensemble des enseignants du primaire et du secondaire en France, soit environ 140 000 enseignants parmi lesquels près de 60 % sont dans le réseau de l’enseignement catholique.

Le privé hors contrat demeure nettement plus réduit : on recense environ 10 000 enseignants sur ce secteur, souvent recrutés localement, pour un total d’environ 80 000 élèves, mais en forte progression depuis 10 ans.

Depuis 2015, le nombre de candidats aux concours du privé sous contrat a augmenté de 30 %, avec une féminisation croissante du recrutement (près de 68 % de femmes en 2023 selon les statistiques du Ministère).

Focus : les évolutions récentes des concours privés et les enjeux à venir

  • Professionnalisation accrue : Les ISFEC/INSPE privés proposent une vraie montée en compétence pédagogique, et la sélection à l’agrément prend de plus en plus en compte la dimension éducative et l’engagement personnel.
  • Attractivité renforcée du privé sur certains territoires : face à la crise du recrutement dans le public, le privé attire de plus en plus de candidats, notamment dans les zones rurales ou périurbaines où les établissements privés constituent une part importante de l’offre scolaire (source : OCDE, rapport 2022).
  • Nouveaux profils de candidats : Hausse des candidatures de personnes en reconversion, de professionnels issus d’autres secteurs et d’enseignants venus de l’étranger, grâce à la reconnaissance et l’ouverture croissantes du métier.

Les concours du privé font aujourd’hui la part belle à l’évaluation des compétences transversales (gestion de classe, innovation pédagogique, adaptabilité), en lien étroit avec les réalités des établissements et leurs attentes spécifiques : dialogue avec les familles, participation à la vie de l’établissement, engagement dans des projets.

Perspectives et points clés à retenir

  • La voie du privé requiert une réflexion sur son projet professionnel, une bonne connaissance du réseau visé et un investissement dans la préparation au concours ET à l’agrément.
  • Les concours (CAFEP, CAER, CRPE) permettent de rejoindre la très large majorité des établissements privés mais nécessitent la validation de la tutelle pour accéder à un poste.
  • L’enseignement hors contrat, bien que moins réglementé, privilégie souvent les profils expérimentés et polyvalents, et s’ouvre de plus en plus à des enseignants formés.

Embrasser l’enseignement dans le privé, c’est donc conjuguer ambition personnelle, préparation rigoureuse et attention portée à la diversité des contextes éducatifs. Les concours ne sont pas seulement un filtre académique : ils constituent l’une des portes d’entrée vers des métiers appelés à prendre une place croissante dans le paysage éducatif français.

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