La formation continue, pilier de la transformation pédagogique au quotidien
Les réformes qui se succèdent, l’évolution des profils d’élèves, l’irruption du numérique et la prise en compte de nouveaux axes transversaux comme l...
29 juillet 2025
La formation initiale des enseignants, organisée en France essentiellement à travers les Inspé (Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation), s'appuie depuis 2013 sur un référentiel national, régulièrement actualisé (MENJ, arrêté du 1er juillet 2013 modifié). Ce référentiel fixe onze compétences professionnelles devant être maîtrisées à l’entrée dans le métier. L’accent n’est pas mis uniquement sur les connaissances, mais sur “l’agir professionnel” : savoir mobiliser, articuler et adapter une gamme d’aptitudes dans des contextes variés.
Chacune de ces compétences n’est pas traitée isolément, mais fait l’objet de mises en situation, d’observations, de stages terrain et de retours réflexifs encadrés.
La maîtrise des savoirs propres à la/aux discipline(s) d’enseignement demeure fondamentale. Mais la formation va plus loin, exigeant une capacité à les didactiser : transformer un savoir académique en objet d’enseignement accessible. La dimension didactique, souvent sous-estimée hors de l’institution, mobilise des expertises fines (Parlebas, 1998 ; Goigoux, 2007).
Selon l’enquête nationale de rentrée 2022 (MENJ-DEPP), environ 80% des futurs professeurs expriment en fin de formation qu’avoir appris à “différencier” leur approche pour répondre à l’hétérogénéité des élèves constitue un acquis majeur.
L’entrée dans le métier s’accompagne souvent d’appréhensions : gestion des comportements, maintien de l’attention, capacité à poser et faire respecter un cadre juste et stable. La formation initiale accentue désormais ce pan, avec des ateliers de pratique (études de cas, simulations) et des apports issus de la recherche sur le climat scolaire (CNESCO, 2017).
Le Conseil scientifique de l’Éducation nationale préconise aussi une formation à la “gestion attentionnelle” : savoir maintenir l’engagement collectif, varier les modalités et repérer les signaux d’alerte de désengagement, dès l’observation en classe.
Personnaliser sans individualiser à outrance, adapter sans stigmatiser : différencier l’enseignement est l’un des défis pédagogiques majeurs. Il s’agit d’ajuster le niveau, le rythme, voire les modalités d’apprentissage, pour tenir compte de la pluralité des élèves, y compris ceux en situation de handicap (Loi de refondation de l’école, 2013 ; Circulaire sur l’école inclusive de 2019).
Un rapport de la DEPP (2021) note que 62% des stagiaires se sentent significativement mieux armés sur la différenciation en fin de formation par rapport à leur entrée en Inspé, grâce aux exemples concrets observés en stage et à l’analyse de pratiques collectives.
L’évaluation scolaire ne se limite pas à la notation ; elle est un levier de progrès si elle est pensée dans une cadre formatif. Être formé à produire des rétroactions précises, à construire des grilles de critères clairs, permet d’accompagner les progrès individuels tout en maintenant une exigence commune (source : Rapport IGEN, 2023).
Les Inspé privilégient désormais une pédagogie de projet et le recours à l’évaluation positive, ce qui favorise clairement la motivation des élèves d’après le baromètre ProfExpress (2023).
Savoir faire classe, c’est aussi savoir communiquer, coopérer et travailler au sein d’équipes souvent pluri-professionnelles (autres enseignants, AESH, psychologues scolaires, etc.). L’enjeu est aussi éthique : respecter la diversité, prendre du recul, résoudre les dilemmes professionnels (MENJ, Charte de la laïcité 2013).
L’OCDE a souligné dans son rapport Talis (2018) que 67% des enseignants français jugent que “mener des entretiens difficiles” ou “gérer l’autorité” sont des compétences-clefs travaillées en formation initiale, contre 57% dans l’ensemble des pays de l’étude.
L’usage du numérique est devenu composante à part entière du métier, avec la généralisation des ENT (Environnements numériques de travail), des outils collaboratifs, et de la classe à distance (notamment via la crise sanitaire). La formation initiale propose modules et expérimentations autour du numérique responsable, de la lutte contre les fake news, et de l’accessibilité des ressources (source : Eduscol, parcours M@gistère).
D’après une enquête UNICEF-France (2021), 71% des enseignants nouvellement formés alertent sur la nécessité de développer une “culture numérique critique” dès l’entrée dans le métier pour prévenir infox et cyberharcèlement.
L’acquisition de compétences ne s’arrête jamais au terme de la formation initiale. Les Inspé, tout comme les référentiels européens, insistent sur la nécessité de transformer la posture de l’enseignant : être capable de questionner ses pratiques, de s’auto-évaluer, et de s’engager dans une démarche réflexive tout au long de la carrière (source : European Teacher Competence Framework, 2013).
Pour illustrer ces exigences : 95% des titulaires issus de la nouvelle génération Inspé (données SIES 2023) se déclarent prêts à poursuivre la formation tout au long de leur parcours professionnel.
Le paysage éducatif évolue sans cesse : inclusion accrue, montée de la diversité, mutations technologiques, attentes des familles, nouveaux contenus. La formation initiale prépare à cette incertitude, en misant sur la polyvalence, la résilience, et la capacité d’innovation des futurs enseignants, mais aussi sur leur pouvoir d’agir collectif.
Ainsi, la formation ne livre jamais de recettes « toutes prêtes », mais vise à construire un habitus professionnel solide, fécond et évolutif, apte à transformer les défis du métier en leviers d’apprentissage, pour soi comme pour les élèves. Le développement de ces compétences constitue la première marche, essentielle, vers une carrière durable et épanouissante dans l’enseignement.
Sources :