La formation continue, pilier de la transformation pédagogique au quotidien
Les réformes qui se succèdent, l’évolution des profils d’élèves, l’irruption du numérique et la prise en compte de nouveaux axes transversaux comme l...
01 juin 2025
Depuis plusieurs années, les effectifs de candidats issus d’autres domaines professionnels grossissent dans les concours de recrutement des enseignants. Selon la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), près de 28 % des nouveaux inscrits aux concours externes du second degré public en 2022 n’étaient ni étudiants, ni assistants d’éducation, ni contractuels du secteur scolaire, traduisant bien l’ampleur de ces parcours de reconversion (DEPP – L’état de l’École 2023).
Ce mouvement s'observe dans de nombreux pays et s’intensifie en France, à mesure que la quête de sens au travail prend le pas sur d’autres critères de choix professionnel. L’image de l’enseignant comme métier-refuge d’une deuxième partie de carrière laisse place à une réalité plus complexe, riche de profils et d’aspirations hétérogènes.
L’enseignement attire principalement ceux et celles qui souhaitent aligner activité professionnelle et utilité sociale. Environ 64 % des personnes en reconversion affirment choisir l’enseignement pour “donner du sens à leur parcours” (Enquête Harris Interactive/CNED, 2022). Plusieurs leviers expliquent cette tendance :
Cette quête de sens rejoint des constats venus du terrain : ainsi, 55 % des enseignants arrivés par la voie de la reconversion en 2020 font état d’un engagement plus fort et d’une grande fidélisation, selon un rapport du Sénat sur le renouvellement des enseignants (2023).
Les adultes en reconversion ne forment pas un groupe homogène. On trouve :
Chacun apporte des compétences précieuses, dont la valeur est de plus en plus reconnue :
Le Capes, le CAFEP ou le CRPE proposent d’ailleurs des voies d’accès réservées à l’expérience professionnelle, et les dispositifs comme le troisième concours ou la VAE (validation des acquis de l’expérience) ont accentué ce mouvement (Service-Public.fr).
La crise des vocations dans l’enseignement est documentée : selon le ministère de l’Éducation nationale, seuls 65 % des postes au Capes externe ont été pourvus en 2023, contre 94 % dix ans plus tôt. Sans surprise, l’Éducation nationale cherche à élargir son vivier de recrutement :
Ainsi, la proportion de professeurs des collèges et lycées ayant eu une première profession hors Éducation nationale est passée de 12 % (en 2005) à près de 18 % (en 2022) (Café pédagogique). En filière professionnelle et technique, le phénomène est encore plus marqué, pour répondre aux enjeux de recrutement et de transmission des compétences.
Si l’enseignement attire, le passage à l’acte ne va pas sans difficultés. Les principaux obstacles identifiés par les nouveaux entrants sont :
Les leviers de facilitation sont cependant réels :
Si les adultes en reconversion ne sont pas une solution miracle à la crise du recrutement, ils représentent une chance pour l’école. Leur arrivée interroge les modalités de formation, la gestion des carrières, le dialogue intergénérationnel au sein du corps enseignant, et incite à repenser l’attractivité du métier dans sa globalité.
Ce renouvellement constitue aussi un défi institutionnel : accompagner la diversité des profils, valoriser les apports extérieurs et permettre à chacun d’actualiser ses pratiques en lien avec l’évolution de la société. L’enjeu est fort : le maintien d’une école de la République vivante, ouverte et capable de conjuguer expérience et innovation, anciens et nouveaux regards. À l’heure où l’école se transforme, l’arrivée des adultes en reconversion témoigne de la vigueur et de l’actualité du métier d’enseignant, dont la capacité à intégrer différentes trajectoires sera, sans doute, l’un des leviers clefs de demain.