La formation continue, pilier de la transformation pédagogique au quotidien
Les réformes qui se succèdent, l’évolution des profils d’élèves, l’irruption du numérique et la prise en compte de nouveaux axes transversaux comme l...
09 juillet 2025
Dans un paysage éducatif en transformation, la formation initiale des enseignants occupe une place cruciale. Pour répondre à cette exigence, les Instituts Nationaux Supérieurs du Professorat et de l’Éducation (INSPE) forment le maillon central du dispositif français. Créés en 2019 en remplacement des anciens ESPE (Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation), les INSPE incarnent la volonté de renforcer la professionnalisation, l’exigence académique et l’ancrage dans la réalité du terrain.
Les INSPE, au nombre de 32 répartis sur tout le territoire français, sont rattachés aux universités. Ils ont pour mission principale la formation initiale des futurs professeurs des écoles, collèges et lycées, toutes disciplines confondues, ainsi que des conseillers principaux d’éducation (CPE). À l’échelle de la rentrée 2022, près de 26 000 étudiants en master MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation) y étaient inscrits (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse).
L’histoire récente de la formation des enseignants en France a connu plusieurs mutations :
Ce changement ne se limite pas à une nouvelle appellation. Les INSPE affirment la mission de professionnalisation et la volonté d’ancrer la formation dans des pratiques pédagogiques innovantes, en cohérence avec les défis contemporains.
Le cœur des missions des INSPE se déploie autour de :
À cela s’ajoute l’ambition de renforcer l’ouverture internationale et l’interdisciplinarité. Certains INSPE proposent des mobilités à l’étranger, des partenariats avec d’autres dispositifs de formation, ou des modules spécifiques aux problématiques de l’inclusion et de la diversité.
La force des INSPE réside dans l’articulation de plusieurs expertises :
Cette pluralité permet de croiser points de vue, méthodes et apports théoriques, enrichissant la réflexion pédagogique et la capacité d’adaptation future des stagiaires.
La formation en INSPE ne se conçoit jamais sans lien avec le terrain. Les stages obligatoires – en observation puis en prise de responsabilité – s’intègrent pleinement au cursus. Ces périodes en école ou établissement représentent au moins un tiers de la formation initiale (source : arrêté du 28 mai 2019). Elles sont systématiquement co-supervisées par un tuteur de terrain et un formateur INSPE, favorisant ainsi le dialogue entre pratique et analyse réflexive.
Le cursus principal s’organise autour du master « Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation » (MEEF), structuré en quatre parcours majeurs :
Chaque parcours articule :
La formation dispensée dans les INSPE prépare directement aux concours de recrutement (CRPE, CAPES, CAPET, CAPLP…), dont le passage se situe aujourd’hui en fin de master 2 dans la plupart des cas. Le taux de réussite à ces concours varie selon les disciplines : par exemple, en 2022, le concours de professeur des écoles a affiché un taux de réussite national de 45 % (source : Ministère de l’Éducation nationale).
Pour les lauréats, la formation se poursuit par une année de stage en responsabilité (statut de fonctionnaire stagiaire, emploi à mi-temps en classe avec poursuite de modules de formation à l’INSPE, rémunéré à hauteur de 1 827 € nets/mois en 2023 selon les données du MENJS).
La baisse du nombre de candidats aux concours d’enseignants (+ de 30 % de postes non pourvus en 2022 dans certaines académies, voir Le Monde) met en évidence l’importance pour les INSPE :
Au-delà de la formation initiale, les INSPE s’ouvrent progressivement à la formation continue. De nombreux établissements proposent déjà des modules de développement professionnel pour les enseignants en poste (analyse de pratique, nouveaux dispositifs d’inclusion, innovations numériques). Certaines INSPE participent à des expérimentations locales (enseignement hybride, dispositifs anti-décrochage, outils d’évaluation alternatifs) en partenariat avec le Ministère et les collectivités territoriales.
À titre d’exemple, l’INSPE de Créteil a lancé en 2023, en association avec la Ville de Paris, un cycle expérimental sur la prise en charge des élèves allophones dans les cycles élémentaires et secondaires, touchant 250 enseignants stagiaires et titulaires (données : INSPE Créteil).
Situés à l’interface des mondes scolaire et universitaire, les INSPE favorisent la construction de ponts entre la recherche en éducation et la pratique de classe. Plusieurs laboratoires leurs sont associés, et près de 20 % des mémoires de master MEEF donnent lieu à des publications dans les revues professionnelles ou à une valorisation institutionnelle (source : Rapport France Stratégie 2022).
La formation à l’esprit scientifique, à l’esprit critique et à l’analyse distanciée des pratiques constitue un atout fort du dispositif, pensé pour préparer des professionnels réflexifs et adaptables.
À l’heure où la société attend de l’École qu’elle s’adapte aux mutations numériques, sociales et culturelles, les INSPE représentent à la fois un laboratoire et un tremplin. Ils portent la responsabilité de former des enseignants compétents, capables d’évoluer dans la complexité et de s’engager dans la durée.
La professionnalisation de la formation, le dialogue entre recherche et terrain, le souci de l’accompagnement individualisé et l’intensification des partenariats avec les établissements constituent leurs principaux défis actuels.
Pour les futurs enseignants, les INSPE offrent ainsi un cadre exigeant et stimulant, où chacun peut construire progressivement son identité professionnelle, en venant nourrir une École en perpétuelle évolution.